Vole

La dernière fois que je l’avais vu, je n’avais pas été agréable avec lui. Tout avait pourtant bien débuté, nous avions été boire un verre en terrasse pour nous donner du courage pour affronter la soirée de fiançailles de « Madame Parfaite ». Il faisait beau et pas trop chaud, le verre s’était transformé en trois ou quatre, nous avions parlé de tout et de rien. Quand l’heure de nous mettre en route pour la soirée est arrivée, nous avons fait un arrêt dans une supérette histoire d’acheter une bouteille de vin pour ne pas arriver les mains vides (inutile de nous arrêter chez un caviste car, quel que soit le vin que nous amenions, il n’était jamais assez bien pour « Madame Parfaite »!). Nous avons ri un instant en nous demandant quelle tête ferait notre hôtesse si nous lui offrions un litre de gros rouge qui tache! L’ambiance s’est clairement refroidie quand nous sommes arrivés en caisse. Devant nous, il y avait un homme dans nos âges qui avait déposé des plats individuels, un pack de canettes de soda et d’autres articles.

Il a commencé de se moquer de l’homme et, l’alcool aidant, n’a pas été discret. Il s’est gaussé  des célibataires pathétiques qui se retrouvent seuls avec leur télé un vendredi soir devant des plats tout préparés et j’ai vu l’homme devant nous se recroqueviller face à cette vague de vacheries sans oser répondre. Je crois que c’est à ce moment là que j’ai vu rouge, je me suis tourné vers lui et je lui ai gentiment (il paraît que plus je parle posément et souris, plus j’assène des vérités dures à entendre) fait remarquer que passer ses soirées à trouver des plans Q ou à se saouler la gueule avec n’importe quelle personne disponible n’empêche pas d’être soi-même un célibataire pathétique. Sans échanger un mot de plus, nous avons attendu notre tour et payé, pris le métro et passé la soirée aussi loin l’un de l’autre que possible. Lui sans doute blessé et moi énervé de son manque de tact et de respect envers les autres.

Je suis parti en vacances le lendemain sans plus m’attarder sur cet incident qui, dans mon esprit, n’était qu’une anicroche dans la longue histoire des hauts et des bas de notre amitié. « Pas de nouvelle, bonne nouvelle… » à ce qu’il paraît! Le mercredi suivant, j’ai reçu un appel d’un numéro que je connaissais pas mais dont les premiers chiffres correspondaient à un numéro dont j’attendais un coup de fil. Donc, contrairement à mes habitudes, j’ai répondu.

Pour la faire courte, sa coloc’ s’était engueulée avec son mec et était rentrée avec une semaine  d’avance de ses vacances. Comme ses parents ne veulent plus le voir depuis son coming out, je suis la personne à prévenir en cas d’urgence et c’est donc vers moi que l’hôpital s’est tourné quand les pompiers l’ont amené. Il a mis trois jours à se réveiller et, quand il est sorti de l’hôpital quelques jours plus tard, je l’ai pris sous un bras, ma valise sous l’autre et je l’ai embarqué loin de Paris. Les amis qui m’accueillaient avaient accepté sans hésiter que je revienne accompagné. Depuis un peu plus d’un an, je bénis Éris (déesse de la discorde dans la mythologie grecque) d’avoir fait son office au sein du couple de la coloc’.

Je songe parfois que je devrais vraiment faire attention à ce que je dis aux gens et surtout me rappeler que tout le monde n’accepte pas aussi facilement que moi d’être un célibataire pathétique qui passe ses soirées devant son ordinateur à manger des plats tout préparés!

Puisque rien ne te soulage
Vole à ton dernier voyage
Lâche tes heures épuisées
Vole, tu l’as pas volé

Une sorcière comme les autres

Celles qui t’engueulent parce que tu les appelles « Madame » et celles qui te fusillent du regard parce que tu les appelles « Mademoiselle« , celles qui te reprochent de leur parler et celles qui t’affichent parce que tu n’oses pas leur parler, celles qui t’aboient dessus parce que tu leur proposes de les aider et celles qui t’invectivent parce que tu ne les aides pas, celles qui ne parlent que de leur progéniture et celles qui ne vivent que pour leur boulot, celles qui n’existent que par leurs combats et celles qui choisissent une vie plus « traditionnelle », celles qui sont jolies et celles qui le sont moins, celles qui sont intelligentes et celles qui sont la vacuité incarnée, celles qui survivent aux pires traitement et celles qui n’ont pas eu (ou n’auront pas) cette chance, celles qui naissent avec le bon corps et celles qui doivent se battre pour que leur physique corresponde à qui elles sont, celles qui lisent Marcel Proust et celles qui adorent la collection arlequin, celles qui prennent les armes et celles qui attendent que les conflits cessent en priant, celles qui font le trottoir et celles qui prennent le voile… Elles sont multiples et je crois avoir toujours respecté les femmes jusqu’à ce soir…

Voir deux féministes s’insulter et traiter l’autre de connasse ou de salope parce qu’elles n’ont pas la même vision de leur combat est un spectacle assez affligeant.

Melody

Je crois qu’aussi loin que remontent mes souvenirs la musique a accompagné tous les moments de ma vie. Le point culminant de mon enfance a été le noël où j’ai reçu mon Mange-Disque Lansay rouge adoré (tu l’as ? Sinon tu es trop jeune et, comme je suis bon avec mes lecteurs, je te mets une photo)

Combien d’heure ai-je pu passer a écouter et réécouter des disques de Dorothée, Chantal Goya, Disney, la Compagnie Créole,… Couché sur la moquette de ma chambre, l’ours Arthur à coté de moi et un livre devant les yeux, j’enchaînais les 45T dans ma formidable machine comme… (Je vais laisser ici l’analogie qui m’est venue à l’esprit avec le plus vieux métier du monde : trop vulgaire!) Les 33T devaient être écoutés sur la platine de mon père que je n’avais pas le droit de toucher seul jusqu’au jour où il a acheté une chaîne-hifi et m’a fait « cadeau » (il s’est débarrassé sans avoir à passer par la case poubelle)  de sa vieille platine. Pauvre Mange-Disque qui fut abandonné…

J’ai commencé à piocher sans distinction dans la collection familiale et a écouter tout et n’importe quoi. Je passais sans transition de Jacques Brel au Requiem de Mozart, de Georges Brassens à Leonard Cohen, de Barbara à Barbara Hendricks (l’album Negro Spirituals fut l’un de mes plus grand coup de cœur), de Marie Laforêt à Cat Stevens, etc…

Et puis est venu le temps de ma première chaîne-hifi portable et là on va passer sur ma période Kurt Cobain où j’écoutais ses albums en boucle.

Ensuite, les 90s touchaient à leur fin et ce fut une véritable explosion musicale : Ray of Light de Madonna, The Miseducation of Lauryn Hill de Lauryn Hill, Clandestino de Manu Chao, Come on Over de Shania Twain, You’ve Come a Long Way, Baby de Fat Boy Slim, etc… Et sont arrivées les 2000s avec des trucs vachement plus honteux et difficiles à assumer : pour n’en citer qu’un je dirais Daddy DJ mais chut!

Et maintenant que les 2010 se terminent : James Bay, the Lumineers, the Tallest Man On Earth et quelques autres. Mais surtout je me rattrape sur pas mal de « vieux » trucs qui m’avaient échappés jusqu’ici : Dead Can Dance, Mike Oldfield, Joan Baez, Donovan, Nina Simone, etc.

Encore un an avant la nouvelle décennie musicale : Long Live the Music!

Universal Soldier

J’aime l’automne et ses nuances de bruns, d’ocres, de rouge, ramasser les châtaignes et les pommes puis les noix, me balader en forêt pour ramasser des champignons,  voir les hirondelles se rassembler sur les fils électriques comme prêtes à entreprendre leur long périple à tout instant.

J’aime l’hiver et le froid, m’emmitoufler dans des gros pulls en laine ou en cachemire, sortir les grosses écharpes, rester auprès d’un feu de cheminée en sirotant un chocolat chaud avec un roman, manger des plats trop riches qui te font sombrer dans une douce somnolence après le repas.

J’aime le printemps et la nature qui se réveille, les premiers rayons du soleil, les températures qui s’adoucissent, les arbres en fleur, les giboulées de mars, les premières fraises de mai, les cerises en juin.

Mais je n’ai jamais aimé l’été et ses barbecues accompagnés de leurs sempiternelles salades (de riz, de pâtes, de pommes de terre, de tomates mozzarella ou feta,…), la chaleur écrasante qui tue toute vie dans l’après midi, le ciel bleu d’une banalité affligeante, les apéritifs en soirée qui semblent s’éterniser, les vacances dans des pays « exotiques » dont on ne voit rien mais où il faut être allé !  La seule chose qui sauve l’été de mon point de vue c’est les champs de blés (ou d’orge, je ne suis pas sectaire) agités par le vent…

Enfant, il me séparait de mes copains. Adolescent, je me traînais sans savoir quoi faire de tout ce temps libre. Etudiant, il était trop long quand je travaillais et trop court quand je partais avec mes amis dépenser l’argent gagné. Je crois, en fait, que j’ai toujours détesté l’été mais cette année, encore plus que les autres, il me semble interminable! Que passe cette saison honnie et que je revive…

Certains font une déprime hivernale, moi c’est l’été et, pour ne rien arranger, je viens de lire l’un après l’autre La tombe des Lucioles de Akiyuki NOSAKA (dont Isao TAKAHATA à tiré son chef d’oeuvre Le tombeau des Lucioles) et A l’ouest rien de nouveau de Erich Maria REMARQUE (d’où la chanson qui sert de titre à ce post) qui ont encore aggravé le niveau exceptionnellement bas de mon moral.

The Ballad Of Lucy Jordan

Certains matins, tu as juste envie de ne pas ouvrir les yeux, de ne pas sortir de sous les couvertures et de ne surtout pas te lever. Pourtant, tu te forces, tu accroches un sourire à tes lèvres et tu donnes le change…

Et sans que tu t’en rendes compte le sourire se fige et donner le change devient une seconde nature. Et il y a de plus en plus de ces matins.

Vouloir à tout prix donner le change te pousse à enchaîner les mensonges pour faire croire que tout va bien et tu fais le vide autour de toi.

Alors le silence s’installe et tu prends le premier train pour te barrer loin et tu t’aperçois que finalement tout va bien, que ton sourire redevient naturel, que l’envie de faire plein de choses est toujours bien présente et que tu n’as pas besoin de te pousser pour te lever le matin même quand il s’agit de faire des trucs que tu n’aimes pas (même aider un pote à peindre son appartement)!

Tu n’es pas dépressif tu es juste entouré de GROS CONNARDS : ta hiérarchie, tes collègues, tes fréquentations, tes voisins, les gens qui habitent la même ville que toi, les vendeurs dans les magasins,…

BIENVENUE A PARIS QU’ILS DISAIENT!

Salut les amoureux

C’est une histoire banale, une rencontre qui ne portait pas à conséquence : deux solitudes qui se rapprochaient pour quelques heures de plaisir partagé (en langage vulgaire : un plan Q). Nous nous sommes croisés chez des amis d’amis, nous avons bu, nous avons fini la nuit dans son lit et, au petit matin, nous avons vécu ces instants de flottement que connaissent tous ceux qui partagent une nuit avant de se quitter avec dans l’idée de ne jamais se revoir.

Et puis le hasard faisant bien (ou mal) les choses nous nous sommes revus (Paris est un petit village, vous croisez toujours les même personnes) une fois, deux fois, trois fois… A la quatrième rencontre, nous avons échangés nos coordonnées et nous avons commencé à nous donner rendez-vous sans attendre que le destin fasse son oeuvre à nouveau. Il y a eu d’autres nuits, d’autres matins et, presque naturellement, il y a eu un soir où il a proposé de nous retrouver pour boire un verre. Les choses se sont enchaînées et notre relation a changé doucement sans à-coup, sans qu’on se donne la peine de réfléchir à ce qui se passait : des règles non-dites ont été instaurées, des habitudes ont été prises…

Peut-être avons-nous trop laissé les choses se faire d’elles-même mais je me suis aperçu que nous étions engagé dans une relation un dimanche matin quand il m’a embrassé en entrant dans sa cuisine alors que je préparais le petit déjeuner en caleçon. On dit qu’il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et j’avoue que, appliqué au cas d’espèce, j’étais l’illustration parfaite de ce dicton. Je me voyais assez mal lui demander : « Ôte moi d’un doute, on est en couple? » mais les indices étaient clairs… Alors finalement, je me suis laissé porter sans réfléchir, sans penser à demain… J’étais bien avec lui et peu importait où cela nous mènerait : l’important n’est pas le but mais le chemin à ce qu’il paraît .

Nous avons continué comme ça pendant cinq mois mais, depuis une semaine, je n’avais plus de nouvelles et je n’ai pas insisté quand il n’a pas répondu à mon dernier SMS. Ce soir je l’ai vu dans un bar tenir la main d’un autre garçon. Nos regards se sont croisés, je lui ai souri et il m’a rendu mon sourire. Deux sourires francs, deux adultes qui se disent adieu. Une fin comme je les aime, en somme : sans heurts, sans haine, sans pleurs, sans drama!

On s’est aimés comme on se quitte
Tout simplement sans penser à demain
À demain qui vient toujours un peu trop vite
Aux adieux qui quelque fois se passent un peu trop bien

I got you

Le monde accélère sa course autour de moi : le temps s’écrit sur mes traits et sur mon corps, ce qui a fait mon adolescence et ma jeunesse est devenu has-been ou – pire – a disparu dans les méandres du temps qui passe et des mémoires. Autour de moi la vie a marqué les visages et les cœurs au gré des aléas de l’existence : mariages, naissances, divorces, décès, chômage, etc… Ils s’agitent vainement pour garder le rythme, pour ne pas perdre pied, pour rester dans la danse mais, parce qu’il y a toujours un mais, ils se fatiguent plus vite, sont moins alertes et malgré leurs efforts vont finir par ne plus y arriver. Alors ils resteront sur le bord de la route, devenus eux aussi des has-been ou des oubliés.

D’après ce que disaient certains adultes dans mon enfance, il paraît que « grandir » c’est renoncer à certains rêves et s’en créer de nouveau… Peut-on réellement faire confiance à toutes ces personnes, les mêmes qui nous disaient quand nous étions enfants que nous devions « nous tenir » et de « bien travailler à l’école pour avoir un bon métier » (comprendre un métier qui paye bien) ?

Dans huit mois, cela fera dix ans que je vis sur Paris et j’avoue ne pas avoir vu les années s’écouler! Je me lève le matin, je vais travailler, je suis aimable, je parle de sujet sensés… Suis-je devenu adulte sans m’en rendre compte? Peut-être mais je ne suis pas sûr car, si j’ai renoncé à mes rêves d’enfant (que voulez-vous, je me suis fait une raison, je ne serai jamais un chevalier en armure tueur de dragons), les rêves d’adultes ne m’intéressent pas. Devenir propriétaire de sa résidence, voyager dans des pays lointains juste pour pouvoir dire qu’on y a été, se marier, avoir des enfants, avoir une voiture… Très peu pour moi!

Alors parfois je me pose et je regarde la farandole passer. Je les vois rire, pleurer, aimer, se déchirer, etc… Et je ne les envie pas, ils ne m’amusent ni ne m’ennuient, ils me sont indifférents car je sais qu’un jour ils devront quitter la farandole et, quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils entreprennent et quelques soient les choses qu’ils auront accomplies, ils seront condamnés à regarder passer les autres sans plus pouvoir se joindre à eux. Je ne suis pas comme eux, je me suis arrêté de mon plein gré… Je n’ai pas la force nécessaire pour engager un combat perdu d’avance.

Le monde accélère sa course autour de moi : le temps s’écrit sur mes traits et sur mon corps, ce qui a fait mon adolescence et ma jeunesse est devenu has-been ou – pire – a disparu dans les méandres du temps qui passe et des mémoires.

C’est la vie…

This World can put a hole in your soul sometimes
Put you at the end of your road
Sometimes you just break down
When this world tries to end you

The Labyrinth Song

Les photos permettent de suivre les grands événements d’une vie : des événements qui ne sont importants que pour ceux qui les ont vécus ou les personnes qui les aiment. Dans les vieux albums photos, les images en noir et blanc un peu jaunies et celles en couleurs aux tons un peu passés retracent sa vie.  Le temps s’écrit sur son visage au fur et à mesure que les années passent : petite fille à la moue boudeuse, adolescente rieuse, jeune fille souriante, jeune femme radieuse en robe de mariée, jeune mère couvant du regard une toute petite fille indifférente au photographe, mère de la mariée au visage impassible, jeune grand-mère qui tient la main d’un petit garçon dont l’ours en peluche est presque aussi grand que lui, vieille dame souriante pour l’anniversaire de ses 60 ans de mariage…

En rouge et blanc aux côtés de son mari en tenue militaire dans les années 50, en noir et blanc sortant d’une voiture dans les années 60, en dégradé de beige au bord de la mer dans les années 70, en gris dans les années 80, en bleu et blanc dans les années 90… Toutes les photos révèlent un goût prononcé pour la mode et l’élégance ainsi qu’une coquetterie que les années n’ont pas réussi à atténuer… Peut-être, sur les photos de ces dernières années, la coquetterie ne se traduit plus que par une trace de rouge à lèvres et une volonté de toujours associer les couleurs de ses habits.

La photo la plus récente date de l’automne 2016, elle montre un couple de personnes âgées souriantes pendant un banquet quelconque… Ce sera la dernière, seuls les événements heureux sont photographiés : les mariages, les naissances, les anniversaires, les fêtes de Noël, les vacances, les visites des amis,… Aujourd’hui, elle repose dans un lit d’hôpital dont elle ne sortira que pour être « couchée dans le jardin de pierres » comme disait Barbara. Vieille dame en bout de vie, fatiguée, émaciée, un peu capricieuse mais toujours attentionnée. Je tenais sa main et c’est encore Barbara qui m’est venue en tête  : « des mains belles encore, déformées,  les doigts nus. Comme sont nus, parfois, les arbres en novembre. »

Tout son corps semble devenu plus petit : sa main qui me semblait immense quand elle tenait la mienne pour aller faire une ballade, ses bras qui portaient l’enfant que j’étais, ses lèvres qui me regardaient en souriant ou en se serrant quand j’avais fait une bêtise…

Ma grand-mère va mourir et je n’arrive pas à me faire à cette idée!

Evening rises, darkness threatens to engulf us all
But there’s a moon above, it’s shining and i think i hear a call
lt’s just a whisper through the trees, my ears can hardly make it out
But i can hear it in my heart, vibrating strong as if she shouts

Catch the wind

Elle m’a demandé une semaine pour essayer, pour me faire changer d’avis et pour me prouver que ça pourrait être quelque chose de bien pour nous deux. Je ne sais pas pourquoi j’ai accepté, peut-être par lassitude de l’entendre me répéter cette sempiternelle question. Je n’imaginais pas que quelques jours me paraîtraient aussi longs, que je les vivrais comme une torture et que je n’aurais qu’une hâte : que tout se termine.

Je pensais avoir été clair quand nous avions décidé de faire un bout de chemin ensemble  : « OK mais chacun chez soi et c’est non négociable« ! Pourtant, au bout de six mois, elle commençait à parler de vie à deux. Je l’avoue, je n’ai rien fait pour la détromper : j’ai une fâcheuse tendance à passer outre les choses qui viennent se heurter à ma conception des choses. Je n’aime pas perdre mon temps en vaines palabres sur des sujets qui sont, pour moi, déjà réglés.

J’ai donc cédé et la dernière semaine de juin (semaine de notre anniversaire) je suis allé m’installer chez elle. Dès le troisième jour, j’ai compris que ce que j’arrivais à faire pour une journée ou un week-end, je ne pourrais pas le mettre en pratique plus longtemps. Alors j’ai été honnête avec elle : je lui ai dit que je n’y arrivais pas, que je l’aimais beaucoup mais que je ne me sentais pas prêt à vivre avec elle. Elle a relevé un seul mot de mes explications embarrassées… Je n’avais pas fait attention mais le « beaucoup » lui est resté en travers de la gorge et elle a démarré au quart de tour malgré mes vaines tentatives pour me rattraper. Alors j’ai laissé passer la tempête, je l’ai écoutée me larguer et je suis parti.

En rentrant chez moi, je me suis demandé pourquoi ça n’avait pas marché alors qu’elle n’est pas la première avec qui j’avais tenté l’expérience de la cohabitation. Et c’est à ce moment que je me suis pris de plein fouet la signification du sentiment diffus qui m’habitait depuis que nous étions en couple : je n’étais pas prêt à faire des concessions pour elle! J’avais toujours su au fond de moi que je ne l’aimais pas et que, même si je l’appréciais énormément, il n’y aurais jamais ce déclic qui nous fait dire : « Elle/lui c’est la bonne/le bon! ».

Je lui souhaite vraiment de rencontrer quelqu’un pour qui elle sera l’unique, qui fera tout pour elle et qui aura les mêmes aspirations qu’elle.

For standin’ in your heart
Is where I want to be
And long to be,
Ah, but I may as well try and catch the wind.

Les choses

Assez récemment, un pote adepte du dépouillement et du vide m’a offert deux livres sur l’organisation personnelle. L’intention est bonne mais regardons les choses en face : ce qui est visé dans ces deux  ouvrages (je ne sais pas s’ils sont très représentatifs du genre) n’est pas tant le rangement que la possession et donc le tri, comme si avoir quantité de ceci ou cela engendrait obligatoirement le désordre. Ce type de livre ne m’apporte pas grand chose pour deux raisons :

  1. Je déteste le désordre donc je range régulièrement.
  2. Je n’accumule pas pour le plaisir d’accumuler.

Quand j’étais enfant ma mère m’a appris à prendre soin de mes affaires et, pour elle, cela passe forcement par le rangement. Ainsi, un cd laissé à traîner hors de son boîtier a beaucoup de risques de finir rayé. De plus, un objet mal rangé ou posé négligemment dans un coin sera plus difficile à retrouver quand on en aura besoin ; le chaos entraîne le chaos, le rangement permet de retrouver les choses plus vite et surtout évite de créer du bordel en cherchant un objet qui n’est pas à sa place. Si je dois être totalement honnête, je dirais que je suis organisé aussi par fainéantise : je déteste perdre mon énergie et mon temps à chercher des choses que je retrouve en deux minutes quand elles sont rangées de façon sensée.

Ensuite, je ne suis pas atteint de syllogomanie (trouble compulsif qui pousse à accumuler tout et n’importe quoi) car je ne garde que les choses dont l’utilité est certaine. C’est pour cela que, lorsque je finis un livre, je me demande toujours si j’aurais envie de le relire et, si la réponse est non, je m’en débarrasse par la revente ou le don à des médiathèques/bibliothèques : pour prendre un exemple concret, je conservait depuis mon adolescence les Chroniques des vampires de Anne Rice que j’ai lues et relues pendant des années puis laissées de côté et, finalement, après une ultime lecture l’été dernier, je m’en suis séparé car ce n’est clairement plus ma tasse de thé. Mais d’autres livres ne sortiront jamais de ma bibliothèque tels Le vieil homme et la mer de E. Hemingway ou Rebecca de D. du Maurier qui sont toujours relus régulièrement.

Pour rester dans la veine de la conservation intelligente, j’avoue ne pas comprendre ceux qui gardent des choses uniquement parce qu’elles sont attachées à des souvenirs alors qu’elles sont abîmées/usées/inutilisables et je me permettrais de citer Le combat ordinaire tome 3 – Ce qui est précieux de M. Larcenet : « Des souvenirs j’en ai plein la tête, j’ai pas besoin d’en avoir plein mes tiroirs. »

Ce qui est précieux

En bref et pour résumer : tant que j’arrive à ranger sans bourrer placards/tiroirs/étagères/armoires, à faire un tri sensé régulièrement et que mes achats, même pas très utiles, (un de ces jours je vous parlerai de mes chaussures) sont réfléchis, je ne vois pas pourquoi je devrais faire le vide chez moi et j’assume!

Si j’avais si j’avais ça
Je serais ceci je serais cela
Sans chose je n’existe pas